A quoi ça sert d’aller à l’école (au lycée, au collège, à la fac, etc.) ?

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PROVISOIRE – PROVISOIRE – (rapport 2004) –  Le système d’éducation tunisien s’est construit au cours des quatre premières décennies post indépendance de façon à doter le pays en établissements scolaires, en ressources humaines et en dotations budgétaires nécessaires pour progressivement accueillir quasiment la totalité (près de 100%) des enfants des deux sexes en âge de scolarisation. A côté de cet objectif incontournable de massification de l’accès à l’école, des efforts supplémentaires ont été déployés au cours des années 90 pour redistribuer les équipements et les ressources humaines et budgétaires en fonction d’une nouvelle configuration de la carte scolaire selon deux grandes étapes d’éducation scolaire : un enseignement de base de neuf années, dans les écoles primaires et préparatoires, suivi par un enseignement secondaire de quatre années dans les lycées, ouvrant la voie aux études supérieures. Le but déclaré de cette nouvelle configuration est de maintenir le plus grand nombre possible d’élèves dans l’enceinte scolaire jusqu’à au moins l’âge de 16 ans afin d’y acquérir les fondamentaux d’un enseignement général.

Les ressources du pays ne permettaient pas d’investir en même temps sur des objectifs que l’on qualifierait aujourd’hui de démocratisation de la qualité de l’enseignement. De ce fait, la logique de la massification de l’accès à la scolarisation a contribué à mettre en place un moule unique d’enseignement qui n’accepte, d’une année à l’autre, que les enfants susceptibles de s’y conformer. Les élèves incapables de s’insérer dans ce modèle uniforme sont rejetés au fur et à mesure que leur inadaptation, au vu des résultats scolaires, devient patente. Le phénomène de rejet s’est ainsi historiquement cristallisé à la fin des études primaires (examen de 6ème), tout au long des années d’études du secondaire avec un pic lors de l’examen du baccalauréat mais aussi au cours du premier cycle des études universitaires. Le nombre très élevé d’élèves rejetés par le système d’éducation au cours des études primaires, secondaires et supérieures a, peu à peu, contribué à altérer le rapport de confiance et la motivation que les familles tunisiennes, —et en particulier celles appartenant aux catégories à faibles niveaux d’instruction et de revenus, et surtout des jeunes, ont à l’égard de l’institution et l’instruction scolaires

Cette évolution des attitudes a opéré à deux niveaux au moins :

  • tendance à désacraliser l’École en tant que formidable ascenseur social qui a été le sien avant et après l’indépendance et à remettre en question le principe sacro saint de l’instruction comme passeport pour assurer la mobilité socio-économique des familles ;
  • forte dévalorisation du statut de l’enseignant du primaire et du secondaire, aggravée par la chute de son pouvoir d’achat et par les pratiques « mercantilistes » de certains d’entre eux en vue, justement, d’améliorer leur revenu, notamment par le biais des cours particuliers. Il va sans dire que la dépréciation du statut socioculturel et économique de l’enseignant est ressentie aussi négativement par les enseignants que par les parents et les élèves.

La nature réelle et l’ampleur de cette désaffection vis-à-vis de l’École n’a pas fait l’objet de recherches ou d’études auprès d’une variété de profils de personnes concernées et appartenant à différents groupes d’âge. Elle constitue néanmoins une trame essentielle qui devra servir à définir les enjeux d’une stratégie de communication pour la promotion de l’institution scolaire telle que projetée à travers un ensemble d’innovation pédagogique. Celui-ci est en fait destiné à corriger les pénibles « effets secondaires » d’une politique qui a abouti, en moins de quarante années, à scolariser tous les enfants de 6 ans, en y introduisant un recentrage sur une approche de qualité. La « mise en qualité » du système d’éducation universelle est d’autant plus impérieuse et pertinente que la Tunisie commence, en ce début du nouveau millénaire, à retirer les dividendes du reflux du taux naturel de croissance ; le défi est désormais qualitatif et consiste à accueillir « autrement » chaque année 160 mille nouveaux enfants dans des structures d’éducation aménagées et budgétisées pour en accueillir 22O mille.

Le credo de cette École nouvelle consiste, après avoir démocratisé l’accès à l’éducation, d’en démocratiser la qualité, c’est-à-dire de faire bénéficier à tous les enfants tunisiens de la meilleure qualité possible des services de l’enseignement scolaire. 

 

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Disponible en: Arabe