Les avocats de la mafia, les mamelouks du Bey, … et nous

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Frank, l’avocat du Parrain dans le film de Coppola, me fait penser aux ministres tunisiens nommés par BenAli et qui se sont succédés depuis 1988 jusque janvier 2014 (version provisoire) 

PROVISOIRE – PROVISOIRE – PROVISOIRE – PROVISOIRE – Je viens de revoir « Le Parrain », le film de Francis F. Coppola qui réussit à rendre sympathique une famille de gangsters et meurtriers, en nous faisant partager leurs émotions, leurs succès et leurs drames. Parmi les héros mafieux du film, un personnage se détache par son ambivalence : tout en étant parfaitement impliqué dans l’entreprise criminelle de la « famille », il ne participe personnellement et directement dans aucun crime ou malversation. Il s’agit de Frank, avocat talentueux, fils adoptif et confident du parrain. Sa position d’avocat est vitale pour la défense et la consolidation des intérêts de la « Famille » en lui permettant de disposer d’une couverture « légale » et d’une façade (juridiquement /socialement) acceptable aux différentes activités mafieuses.

Frank l’avocat du Parrain dans le film de Coppola me fait penser aux ministres tunisiens qui se sont succédés depuis 1988 jusque janvier 2014 et qui ont trouvé normal, et donc moral, que le supposé Chef d’Etat ainsi que les membres de sa famille, s’enrichissent par des moyens mafieux et par un détournement flagrant (et répété) des lois, réglementations et procédures.La plupart d’entre ces ministres et hauts fonctionnaires n’ont pas profité outre mesure de leur proximité avec la « Famille » pour s’enrichir, mis à part les privilèges indus qu’aucun tribunal post 14-janvier n’a, à ce jour, cherché à débusquer : prêts bancaires à modalités simplifiés et intérêts bonifiés, acquisition d’appartements et résidences à prix étudiés, lots de terrain AFH bradés, etc. Qu’on se rassure, il y en a aucun parmi eux aujourd’hui qui crie misère.

Autant que l’avocat Frank avec sa famille de mafieux n’en reste pas moins qu’ils sont tous complices de la main mise du parrain Ben Ali aidé par laclan_benali_630 famille ,

Regardez ce tableau qui résume les affaires les plus notoires dans lesquelles est impliquée « la famille » : aucune d’entre elles n’aurait pu éclore et fructifier sans la complicité de l’administration nationale et régionale. Dans un pays centralisé comme la Tunisie, où tout est sujet à autorisation, aucune de leurs entreprises n’a pu être réalisée, détournée, n’a pu prospérer, bénéficier des avantages et passe droits de tous ordres y compris fiscaux, exporter ses bénéfices sous forme de devises, etc., sans la complicité, le consentement, l’indifférence, le refus d’intervention des ministres et hauts fonctionnaires concernés, guidés en cela avec l’empressement zélé ou le laisser-faire du premier ministre.

La liste des …. est sans fin, on peut la commencer par l’extorsion du terrain militaire sur lequel il a érigé son palais sur la colline de SidiDhrif (SidiBouSaïd) et elle atteint son point d’orgue avec la capture des entreprises juteuses où l’Etat est majoritaire et qui ont été privatisées selon les règles formelles, à travers des commissions habilitées, sous la supervision du premier des ministres : tous les ministres et hauts fonctionnaires dans les différents ministères savaient parfaitement ce qui se passait. S’ils n’ont pas appuyé avec zèle, voire même en leur soufflant l’idée, personne n’a fait obstruction car dans leur schéma normatif, c’était dans l’ordre des choses.

Ces ministres et hauts fonctionnaires qui durant une vingtaine d’années, n’ont fait qu’obéir, « se sont exécutés » ou ont exécuté les ordres, m’ont fait penser à aux esclaves propriété des beys —appelés « mamelouks » (ils portent bien leur appellation), et dont quelques uns, les meilleurs parmi eux, finissent par accéder au rang de ministres tout en restant esclave. Certains, les plus habiles, arrivent même à épouser une parent ou la fille du souverain et du coup s’affranchissent de leur condition d’esclaves, sans aucune garantie de revers, surtout en cas de désignation d’un nouveau bey.

Nos ministres et hauts fonctionnaires, qu’ils se classent dans la catégorie des avocats d’une clan mafieux ou dans celle de mamelouks-esclaves obéissants, la faillite est avant tout morale :

Premier ministre, ministres et certains hauts fonctionnaires de l’administration (PDG d’agences nationales, offices et entreprises publiques), ou issus de l’administration (comme les PDG de Banques, = au détriment des intérêts de leur pays et déni de la morale élémentaire,

si vous étiez un chef d’entreprise normal / moral, accepteriez-vous d’engager un avocat qui s’est fait connaître pour avoir servi et aidé des criminels à commettre leurs méfaits en les mettant à l’abri des lois et réglementations ? Pourquoi il en serait autrement avec les ministres et hauts fonctionnaires qui ont balisé le terrain réglementaire, institutionnel,   financier/bancaire, pour que la famille du parrain Benali puisse accumuler et dilapider les milliards qui manquent tellement à la Tunisie aujourd’hui ?

Au-delà de toutes les confrontations politico-partisanes, la réussite de la période à venir dépend de la dose d’éthique que tous les protagonistes de la vie publique et acteurs de la société civile mettront à assainir leurs pratiques et fréquentations politiques,

rigueur morale la plus stricte car c’est seulement à ce prix-là que la Tunisie pourra se délester peu à peu des effets de près de 25 années d’une culture devenue endémique de corruption, d’abus de tous genres, de passe droit,

 

Ce n’est malheureusement pas l’actuel Président de la république, qui présidé l’Assemblée nationale juste après les élections de 1989 truquées par les ministres de BenAli, qui aura compris cette exigence morale et donnera l’exemple. Il a commencé par désigner, en tant que chef du parti vainqueur des élections,  comme Président du gouvernement un ancien haut fonctionnaire qui a consacré l’essentiel de sa carrière à servir le système benalien comme chef de cabinet  (ministères de l’ agriculture et  de l’intérieur).   Il a par la suite engagé dans son équipe de conseillers et assimilés au moins deux anciens ministres qui ont  servi ……, à travers les départements et leur position ministérielle.  Le pire est que ces choix sont acceptés pratiquement par l’ensemble de la classe politique, par  la plupart des ténors de la société civile et ne posent bien sur aucun problème à journalistes et politologues. Ils sont même approuvés par Ennahdha, le parti qui a supposément le plus souffert des pratiques  BenAli. Les autres organisations et partis politiques ne sont pas en reste, personne ne pose de questions sur le degré d’implication des ces personnes dans les magouilles de BenAli et de leur

Des partis animés par des personnalités qui se sont tenus à l’écart de la vie politique du temps de BenAli  tirent fierté d’avoir « recruté » d’anciens ministres de BenAli. La présence de ces anciens ministres dans ce « nouveau » parti ou dans d’autres, révèle, s’il en était besoin, l’état de décrépitude morale dans lequel se trouvent leurs dirigeants et l’état d’esprit qui anime toute une classe politique, qui parlent de combattre la corruption et s’entourent ou collaborent avec des bachcorrompus qu’ait connu la Tunisie ces dernières décennies.

Parmi ces orphelins languissants que le Parrain mafieux a laissé derrière lui et qui font l’impasse sur l’aspect moral dans la complicité des ex-ministres, certains justifient l’éventuel recours aux ministres de Benali sous le prétexte de leur technicité, leur connaissance des rouages de l’administration et de l’Etat, leur expérience dans des postes de haut niveau, etc., etc. Oublions un petit moment cet aspect de faillite morale et suivons-les dans cet argument techniciste, et parlons justement de ce haut niveau de maîtrise des dossiers : comment se fait-il que la Tunisie se révèle, dès 2011, à ce niveau de sous développement et dans cet état de délabrement économique, social, culturel, psychologique, moral, ? Comment peut-on déjà oublier la situation dans laquelle se trouvaient déjà en 2011 (et se trouvent encore) la Douane tunisienne, l’enseignement tant primaire, secondaire que supérieur, la massification du chômage, les niveaux de pauvreté et conditions de vie dans les régions un tant soit peu reculées, l’état des transports publics, … Comment ces hauts techniciens dont la longévité ministérielle tient uniquement aux caprices du parrain Benali et intrigues de sa femme et de leur entourage, pourraient-ils se sentir redevables de quelque obligation que ce soit vis-à-vis de leurs administrés ?

les 3 conseillersComment se fait-il que BenAli ait pu avoir à son service et celui de sa famille des personnes issues de l’élite intellectuelle du pays, universitaire administrative  ? Comment se fait-il que pas un seul d’entre eux n’ait dénoncé, refusé d’être complice ou seulement protesté ou renoncé à son poste, face aux abus et crimes contre les intérêts de la nation dont ils ont été témoin ? D’où provient cette culture de la réussite à tout prix,

Cela ne révèle-t-il pas l’état de ‘(décrépitude / déliquescence) morale dans laquelle vit l’élite sociale du  pays

Etablir le Livre noir des dysfonctionnement et décisions qui ont été prises (ou n’ont pas été prises) par les ministres et hauts fonctionnaires ayant servi le parrain Benali et qui ont conduit, département par département, à la situation souvent catamiteuse dans laquelle le secteur concerné se trouve aujourd’hui

La question aujourd’hui n’est pas (pas encore ?) de faire le procès des complices et mamelouks que BenAli a trouvé parmi les universitaires dont il fait ses ministres et ceux qu’il a recruté parmi les hauts cadres de l’administration tunisienne et ses entreprises publiques. Il est au moins  aussi urgent de trouver une réponse pratique et maghrébine à l’éternelle et universelle question : comment concilier politique et morale ? Comment s’organiser pour que l’exercice de la politique et la gestion de l’intérêt public deviennent « éthiquement compatibles » ? Quels outils et mécanismes nous offre la démocratie consensuelle et participative pour régénérer une autre manière de concevoir et d’exercer cette chose qu’on appelle la politique ? Comment dorénavant protéger les hauts fonctionnaires s’ils sont témoins / sont sollicités / subissent des pressions pour les amener à prendre des initiatives, orienter ou entériner des décisions, alors qu’ils savent qu’elles sont en contradiction avec la réglementation, avec les procédures normales ou tout simplement avec leur conscience et leur sens moral et de l’équité ?

La mémoire des peuples est courte, quelque fois très courte, celle de certains Tunisiens semble réduite à pas grand chose. Il est urgent de rétablir collectivement certaines vérités car sinon les mêmes déboires vont se répéter, et il y a toujours des voix, — en fait, ils ont pris possession des plateaux de télévision—,es

 

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Disponible en: Arabe